On se retrouve dans ce premier article de la série Partage ton trip, qui a pour vocation à vous raconter des expériences et aventures de voyageurs (peut-être les vôtres, qui sait) de façon très authentique. Aujourd'hui, nous rencontrons Marie-Michel, originaire du Québec, qui va nous livrer son périple en Asie. Cette aventure l'a fait grandir et lui a surtout permis de revenir changée quant à ses croyances et ses convictions.

A la fin de leurs études en ingénierie pour l’un et en arts pour l’autre, Marie-Michel et son compagnon Marc-Édouard ont décidé de laisser de côté leur quotidien pour faire un long voyage. Tous deux ont quitté le Québec pendant sept mois et demi, afin d'aller à la découverte de quelques pays d‘Asie. Elle nous raconte ce que ce voyage a changé pour elle, pour eux, et particulièrement comment il a eu un impact sur sa vision de la vie et de l’écologie.

Des objectifs bien définis

Nous voulions traverser les pays par les frontières de la terre

Marie-Michel : "L’objectif du voyage était de commencer par le Vietnam et de terminer avec l'Indonésie, programme qu'on a parfaitement respecté puisqu'on a découvert dans l’ordre : le Vietnam, le Laos, la Thaïlande, la Malaisie et enfin l’Indonésie. Ensuite, nous avons rajouté le Japon et la Mongolie. Mais pour notre projet de départ, notre but ultime et pas des moindres, était de faire tout cela sans prendre l’avion. Nous voulions traverser chacun des pays par les frontières de la terre.

On a réussi à aller au bout de notre volonté excepté une fois, à cause de notre naïveté pour tout dire… Néanmoins, on s’est quand même donné beaucoup de mal afin de respecter au mieux notre engagement. Ça a été difficile, surtout dans des endroits comme en Indonésie où il a fallu qu’on traverse l’île de Sumatra en autobus : les routes étaient minuscules, sinueuses, et à la période où nous y étions le trafic était terrible… Donc au lieu de 24 heures, le trajet aura duré 46 heures. Plusieurs fois j’étais tellement désespérée que je demandais à Marc-Édouard si on ne pouvait pas prendre l’avion, mais il était déterminé à suivre ce qu’on s’était promis, donc on a réussi."

Traversée de Sumatra
Je partais avec l’espoir de revenir un peu changée, grandie

Marie-Michel : "J’avais de grandes attentes vis-à-vis de ce voyage. Je partais avec l’espoir de revenir un peu changée, grandie. Et c’est exactement ce qu’il s’est passé. Avant de partir, je ne savais pas trop à quoi ressemblerait mon futur, cependant j’ai toujours su que le schéma classique : se lever, aller au travail, avoir de l’argent, prévoir des activités la fin de semaine, avoir des enfants, une maison et un chien… ça ne me tentait pas. J’ai toujours voulu quelque chose de plus libre. Et puis concernant l'urgence climatique, avant de partir je crois que je n’étais pas vraiment consciente de ce qu’il se passait. Ou du moins pas comme je le suis maintenant."

La cristallisation d'une grande prise de conscience écologique

Si j’avais su tout ça, honnêtement, je n’aurais pas pris l’avion

Marie-Michel : "Une fois là-bas, je dirais qu'au bout du deux ou troisième mois je me suis rendu compte à quel point l’avion est une plaie pour notre environnement. Je ne me sentais pas droite dans mes bottes, ni en phase avec mes valeurs quand je songeais au moment où il faudrait que je le reprenne. Si j’avais su ça, honnêtement, je n’aurais pas pris l’avion. On aurait fait un voyage, certes : on aurait parcouru le Canada, on aurait pris le train, on serait descendus aux Etats-Unis ou je ne sais pas. Mais je n’aurais sûrement pas pris l’avion. Aujourd’hui je ne veux plus jamais prendre l’avion et je pense réellement que sur le long terme ça peut faire la différence."

Le plastique à usage unique là-bas, c’est un véritable fléau

Marie-Michel : "On a été confrontés à une réalité très difficile. Chaque soir, toutes les familles font leur feu grâce auquel ils brûlent leur déchet, dont le plastique. Ils s’intoxiquent constamment. Au Vietnam par exemple, tout le monde porte des masques pour filtrer l’air. A Hanoï (Hà Nội) la capitale, il y a un smog permanent qui fait qu’on ne voit jamais le ciel. C’est vraiment fou. Et ces feux de déchets dont je parle, ils le font partout, pas seulement dans des lieux reculés mais même dans la capitale. Le plastique à usage unique là-bas, c’est un véritable fléau. Tout ce que nous faisons en Occident en faveur de l’environnement : les choses du quotidien, mais aussi les rassemblements comme les marches par exemple, là-bas ils ne connaissent pas du tout parce qu'on ne leur apprend pas. Je me souviens que quand il y a eu la grande marche mondiale pour le climat en mars dernier, j’étais là-bas, et ça m’a bouleversée. J’ai vraiment pris la mesure de la situation dramatique dans laquelle on est actuellement. J’essayais de me réconforter en me disant qu’on essayait de consommer local, de se loger également dans des auberges locales, mais en vain. C’est comme ça que toute ma conscience écologique s'est transformée peu à peu. Cette prise de conscience globale m'a enfin permis de trouver des réponses quant à mon futur. Je ne dis pas que je sais clairement comment ça fait se passer, mais je connais au moins la ligne directrice de mon projet de vie."

Une expérience humaine et culturelle bouleversante

Aller dans les marchés, c’est vraiment le meilleur moyen de rencontrer la culture locale

Marie-Michel : "Je ne peux pas parler de cette expérience sans évoquer les marchés, puisque dans ces pays que nous avons visités il y a toujours un marché. S'y rendre, c’est vraiment le meilleur moyen de rencontrer la culture locale. Les gens vendent tout ce qu’ils ont : des fruits, des légumes, de la viande, du poisson, des plats cuisinés traditionnels… Sincèrement, ça pue et il y en a partout, mais c’est juste malade. C’est selon moi un aspect à ne pas négliger et la meilleure façon de comprendre la culture dans laquelle on est immergés.

Finalement, j'ai trouvé que tous ces pays étaient très différents. Je ne m’attendais pas à cela. Par exemple quand nous étions au Vietnam le temps était très humide, les rivières coulaient à flot, puis au moment de traverser la frontière pour entrer au Laos, c’est brusquement devenu très sec : pas d’eau dans les rivières, pas de riz dans les rizières… Puis arrivés en Thaïlande, place aux grosses voitures, aux centres d’achats un peu comme en Occident. Finalement, les choses varient énormément d'un pays à l'autre contrairement à ce qu'on pourrait penser de façon stéréotypée.

Il y a tout de même un pays qui m'a particulièrement touchée, c'est la Malaisie et son Histoire. La Malaisie est habitée d'une grande diversité culturelle : beaucoup de chinois et d’indiens vivent là-bas, en plus des malais, donc diverses populations et cultures sont amenées à cohabiter, à se côtoyer. C’est aussi le cas de nombreuses religions : l'islam, le bouddhisme, le taoïsme, le christianisme, l'hindouisme... c’est magnifique. La culture, la nourriture, l’harmonie entre les gens… C’était bouleversant."

Une réalité pas toujours facile à considérer

Un jour on a rencontré cet homme, qui avait fait ses études en ingénierie comme Marc-Edouard

Marie-Michel : "On a beaucoup aimé loger chez des locaux. Partout les gens étaient aidants, nous donnaient des conseils et des adresses locales. Tout le monde était chaleureux, et ça nous a permis de faire de belles rencontres.

Néanmoins, en Indonésie notamment, les personnes à qui on parlait n’avaient pas l’air très au courant de ce qu’il se passait dans le monde. Ça nous a beaucoup interpellés. Pourtant leurs forêts brûlent aussi, plein d’animaux sont en voie d’extinction, et ça nous ne le savons pas. Tout cela est directement lié aux plantations d’huile de palme mais ça c'est un autre débat.  Néanmoins leur faune, leur flore, et toute la diversité brûle aussi. On s'est parfois sentis démunis face à toute cette désinformation.

Puis un jour on a rencontré cet homme, qui avait fait ses études en ingénierie comme Marc-Edouard. Contrairement à ce qu'on avait pu voir jusque-là, il avait l'air très conscient de la situation. Il a travaillé pour La Croix Rouge lors du tsunami qui a ravagé le pays il y a quelques années, pour Greenpeace, et a vu de très près toutes ces histoires de corruption mais aussi tous les changements climatiques. On a beaucoup appris, et en prime on a passé huit jours dans son petit paradis."

C’est vrai qu’avec le recul c’était pas facile d’être face à cette dure réalité

Marie-Michel : "C’est vrai qu’avec le recul c’était pas facile d’être face à cette réalité une grande partie du voyage. La salubrité des aliments restait à désirer, tout comme l'hygiène des toilettes. A cause de ça j’avais constamment la diarrhée. La première fois qu’il a fallu que je passe au-dessus de ma peur des toilettes en Indonésie, ça a été difficile. Ils étaient tellement en mauvais état, c’était terrible. Mais je n’avais pas le choix.

Sur le moment on ne se rend pas compte de tout cela puisqu’on est en constante adaptation, on est sur le qui-vive, c’est la dynamique du voyage qui veut ça donc on essaie de passer au-dessus. C’est quand on est arrivés au Japon après ce passage en Indonésie qu’on a réellement pris conscience du contraste.  Au Japon tout était propre, les gens roulaient correctement, ne se parquaient pas n'importe où : ça n’avait rien à voir. Même quand on marchait sur les trottoirs on se sentait plus en sécurité puisqu'il était fait pour les piétons contrairement à ce qu'on avait pu voir. Marcher sans devoir se soucier d’où on mettait les pieds, ça faisait longtemps que ça ne nous était pas arrivé. Et pour ça c’était la liberté. C’est là que je me suis rendu compte que j’avais été en constante adaptation pendant toute la durée du voyage."


Un apprentissage décisif quant à notre futur

Tout ce que je voulais là-bas, c’était apprendre

Marie-Michel : “Au fil de notre voyage, on a pu s'adonner à deux expériences de bénévolat. La première nous a permis de vivre sur un bateau, en Malaisie. Sur place l’eau était précieuse. Nous devions aller chercher l’eau potable sur la terre ferme, on remplissait de grands bidons d’eau, puis on la pompait sur le bateau. Ce qui fait que l’eau potable, celle qu’on buvait, c'est aussi avec elle qu’on rinçait la vaisselle. On faisait constamment attention au débit car la ressource était précieuse.

Puis le second endroit dans lequel on a travaillé, en Mongolie, l’eau était dans un puits et nous devions la pomper. Dans la maison, nous avions un contenant d’eau de deux cent litres, qu’on remplissait avec l’eau du puits. On s’est rendu compte à quel point ce pouvait être difficile de pomper de l’eau, et à transporter n’en parlons pas.

Avant de partir en voyage, on regardait Bienvenue en Terre Inconnue. Un jour nous sommes tombés sur un épisode qui se déroulait en Mongolie chez un éleveur de chameaux. On trouvait ça magnifique avec Marc-Edouard.

Ce pays n’était pas du tout dans nos plans, mais comme on en rêvait depuis un moment on s'est mis à chercher une mission de bénévolat là-bas pour clôturer notre voyage. Par chance ou grâce au destin je ne sais pas, on a trouvé une ferme dans la ville de Orkhon, et on est allés là-bas pour confirmer ce qui était en train de se dessiner petit à petit, qui était notre souhait de vivre de la terre. Il n'y a pas un moment où je me suis sentie malheureuse, même si c’était un travail extrêmement difficile. A tel point que mon arthrite du pouce est ressorti. On a fait énormément de jardinage, on s'occupait des animaux, je cuisinais beaucoup. Le matin j’allumais mon feu à bois grâce auquel je faisais à manger. C’était fou. Pour moi, faire un feu ça a toujours été très symbolique : quand j’étais petite on chauffait notre chalet au feu de bois, et on cuisinait aussi grâce à cela.  Ça fait partie de mes plus beaux souvenirs.  En Mongolie, j’ai appris à faire de la vodka avec du lait fermenté, j’ai fait des confitures avec des zucchinis... Comment veux-tu faire de la confiture avec un légume ? C’est dingue. Tout ce que je voulais là-bas, c’était apprendre. A chaque fois que je m’apprêtais à apprendre quelque chose de nouveau j’étais surexcitée et cet engouement me suit encore aujourd'hui."

C’est la nécessité d'avoir un visa Russe qui nous a bloqués, parce que sinon je suis sûre qu’on aurait continué

Marie-Michel : "Cette parenthèse en Mongolie, pays situé en Asie Centrale, c'était un tout autre trip. C'est vrai que quand on était en Asie du Sud, tous les voyageurs qu'on rencontrait faisaient le même voyage que nous et traversaient les mêmes pays, alors que quand on était en Mongolie, les gens que l'on rencontrait avait prévu toute autre chose. Ils allaient parcourir le Tadjikistan, le Kirghizistan... Ce n'était pas du tout ce qu'on venait de vivre. Pour être honnête, c’est la nécessité d'avoir un visa Russe qui nous a bloqués, parce que sinon je suis sûre qu’on aurait continué.

Après la Mongolie, on est rentrés chez nous. Au début j’étais un peu perdue. Je me suis rendu compte que chez nous on vivait vraiment dans l’abondance, avec bien plus que ce dont on a besoin. Je suis décidée et mettre en place tout ce que j'ai appris et que je continue d'apprendre encore aujourd'hui."

L'amour de la terre comme fil conducteur de leur projet de vie

Aujourd'hui, je veux essayer de vivre le plus possible en relation avec la terre

Marie-Michel : "J'aimerais bien avoir mon jardin, peut-être des vaches, des moutons, ou bien des yacks parce que ça résiste bien au froid. Aujourd'hui, je veux essayer de vivre le plus possible en relation avec la terre. C'est ça mon projet de vie. En Mongolie j’ai appris à traire des vaches à la main, c’était tellement malade… Les animaux me manquent. Là-bas on travaillait toujours avec des animaux, c’était magique.

Pour l’instant notre plan est de continuer à travailler dans nos domaines respectifs, Marc-Edouard en tant qu'ingénieur et moi comme éducatrice spécialisée. A terme, notre but est d'acheter un terrain, s'il est déjà muni d'une maison tant mieux, et sinon ce n'est pas grave : ça nous donnera l’opportunité de construire une maison écologique. Grâce à la paille en guise d'isolant on pourrait conserver 80% de notre chaleur, imaginez ! Bien entendu, on voudrait pouvoir se chauffer au bois. J’aimerais aussi avoir une serre grâce à laquelle on pourrait faire pousser des fruits et légumes quatre saisons. Elle ne serait pas très grande, mais on pourrait au moins commencer à faire des expériences, et si ça fonctionne ce serait super.
J’ai plein d'autres idées de projets pour qu’on soit le plus auto-suffisants possible et qu'on puisse subvenir à nos besoins. J’ai tellement hâte qu’on puisse commencer à concrétiser tout cela !

En même temps, j'avoue que j’ai un peu peur. Parce que je suis quand même quelqu’un qui aime consommer : certes je ne passe pas mon temps à aller magasiner, mais j’adore aller au restaurant, j’aime aller voir des spectacles, boire une bière par exemple… Et j’ai l’impression que si j’opte pour le mode de vie dont je parle depuis tout à l’heure, je ne pourrai plus jamais faire cela. Mais bon, je pense qu’il suffit juste d’être modéré, et je vais faire ma part, c'est déjà bien."

Merci à Marie-Michel pour le partage de son expérience. Je pense que ça nous fera tous beaucoup réfléchir. Partir pour un long voyage comme celui que le couple a entamé, c'est comme partir en quête de soi-même. Visiblement, ils ont réussi à revenir avec des réponses : une nouvelle conception de la vie, de l'écologie, et des ambitions claires quant à leur avenir. On leur souhaite que tous leurs voeux se réalisent.

N'hésitez pas à réagir, à poser des questions si vous en avez, et pourquoi pas à nous contacter si vous souhaitez nous partager votre expérience.

A bientôt les voyageurs !


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