C'est parti pour le deuxième article de la série Partage ton trip. Si vous n'avez pas lu le premier, il est temps d'y remédier. Aujourd'hui, nous rencontrons Rémi, voyageur nomade engagé, qui nous livre sa vision du voyage et de la société à travers une pratique bien à lui : l'auto-stop. Il sillonne depuis quelques années les routes d'Europe à la rencontre des différentes cultures. Découvrez son histoire sans plus attendre.

Naissance d’un aventurier solitaire

„J’ai commencé à voyager seul, aux environs de mes vingt et un ans“


Je m’appelle Rémi, j'ai 28 ans, et je viens du Sud de la France. De la côte méditerranéenne pour être exact. J'ai obtenu un baccalauréat scientifique, commencé des études en informatique et en management, mais j'ai fini par faire une licence en arts plastiques.

Entre mes années d‘études, j'ai bossé dans plusieurs restaurants d'une chaîne de restauration rapide. Au total j’y aurais travaillé cinq ans. Bien évidemment, j’ai aussi beaucoup voyagé à cette période.

J'ai commencé à voyager seul aux environs de mes vingt et un ans : j'ai tenté le stop en Irlande et en Écosse, toqué aux portes des locaux, suivi leurs conseils, mais je gardais toujours une sécurité dans les auberges de jeunesse en ville. A cette époque j'avais ce boulot dans la restauration rapide, travail médiocre avouons-le, mais qui m'assurait une sécurité financière.

„Au fil des années j’ai pu parfaire ma technique de stop“

Puis un jour, j'en ai eu marre de cette vie métro-boulot-dodo, soirées-amis-fatigue. J'ai tout plaqué et je suis parti pendant neuf mois faire un petit tour de l'Europe. J'ai fait du stop, toqué à pas mal de portes, et j'ai surtout découvert le volontariat. Quand je suis rentré, j'ai recommencé mes études en arts plastiques. Grâce à ma licence, puisque j’avais quatre mois de vacances chaque année, je continuais à voyager. Au fil des années, j'ai pu parfaire ma technique de stop, faire d'autres missions de volontariat, mais surtout comprendre qu'il y avait un autre monde au-delà des études, au-delà du travail, et bien au-delà de la société.

La découverte des routes européennes en auto-stop

„Le stop en hiver par -20 degrés m’a appris la prudence“

A l'heure où je vous raconte ça je suis en Slovénie, dans un coin perdu aux pieds des Alpes Juliennes, et quand cet article paraîtra je serai sans doute ailleurs.
Je n'aime pas trop planifier, je l’avoue, mais le stop en hiver et par -20 degrés m'a appris la prudence. Sur le court terme j'ai prévu de faire un volontariat en Roumanie, puis en Bulgarie. Après je ne sais pas. J'ai quelques idées, et je fonctionne comme ça : j'écoute ce que les locaux me disent, je suis leurs conseils.

„Ca fait quatre ans que je vogue sur les routes européennes“

Pour l’instant j'ai juste envie de finir de découvrir l'Europe, surtout le pourtour méditerranéen qui est le berceau de notre civilisation en déclin. Ce voyage que je fais actuellement, je l'ai commencé à la fin de ma licence en mai dernier, et ça fait quatre ans que je vogue sur les routes européennes. Il y a de quoi faire, pas besoin d'aller jusqu'en Asie ou en Amérique du Sud, même si un jour j'y serai sûrement. Mais chaque chose en son temps...

Voyager pour relever des défis

„Les gens n’y croyaient pas et n’y croient toujours pas“


Pour être tout à fait honnête, j'ai été blasé de la vie en ville. De par ma situation relativement aisé, j'étais plus ou moins prédestiné à vivre tranquillement en société. Mais le voyage m'a permis de me dépasser, de relever des défis. Ça me vient peut-être de tous ces sports que j'ai pratiqués.

Le stop était au début un défi qui faisait lever des yeux au ciel, les gens n'y croyaient pas et certains n'y croient toujours pas. D'ailleurs, avec le nombre de kilomètres en stop que j'ai parcouru, j'aurais pu faire le tour de la Terre... Mais pour moi c'était un moyen de faire quelque chose que personne autour de moi ne pouvait me dire comment faire. Je m’émancipais des règles, des obligations. J’étais libre.

Une critique de la société capitaliste et consumériste

„Demandons-nous la chose suivante : travaillons-nous vraiment pour nous-mêmes ?“


J'ai maintenant passé beaucoup de temps en marge de notre société et je me rends de plus en plus compte qu’elle n’est pas humaine. Nous sommes devenus des pantins consuméristes, bernés par le capitalisme, bercés par les écrans. C'est comme si on s'abrutissait sans s‘en rendre compte. La vie que l'on mène ne sert plus qu'à remplir les poches des plus grandes entreprises, ce n'est pas un secret et honnêtement c'est fatiguant quand on sait qu'elles sont sans doute la cause de tous nos maux.

Demandons-nous la chose suivante : travaillons-nous vraiment pour nous-mêmes ? Majoritairement pas. Nous servons toujours un intérêt et généralement ce n'est pas le bon...

„Aujourd’hui ce que je cherche [...] c’est me détacher de cette société“


Voilà pourquoi je suis parti même si au début je n’avais pas conscience de tout cela. Perdu que j'étais, comme on dit chez moi, je cherchais peut-être juste un peu d'adrénaline grâce à ce que les gens partageaient sur Internet. Mais aujourd’hui, ce que je cherche réellement à travers mes voyages et mes volontariats, c'est me détacher de cette société, pour me reconnecter à mon environnement, notre environnement. Je veux continuer à rencontrer les gens, ceux dont on n'entend pas parler, pas ceux qui FONT le monde mais ceux qui SONT le monde, voir ce qu‘ils subissent. Je veux aller à la rencontre de ceux qui sont directement touchés. J'ai eu l'occasion de faire du stop en Bosnie par exemple et croyez-moi, je ne faisais pas le pas fier avec mon pouce sur le côté de la route, en bon occidental que j'étais. Si vous ne connaissez pas le passé sanglant de cette région je vous invite à ouvrir des articles historiques racontant la guerre de Yougoslavie.

La crise écologique : un point de non-retour

„Les réformes qui sont mises en place petit à petit sont-elles réellement utiles ?“


Maintenant, j'ai plus de facilités à prendre du recul sur moi-même et sur ce qui m'entoure. J'ai beaucoup bougé lors de ces quatre dernières années et j'ai remarqué que le voyage, en tout cas selon moi, permettait de réorganiser l'esprit, de l'ouvrir, et de fluidifier les pensées.
Ce qui a changé surtout, ce sont les idées politiques et l'humanisme qui ont germé et qui se sont développés dans ma tête, surtout à la rencontre des peuples ou des gens dans le besoin. Personnellement, j'en suis à un stade où je me demande même si des changements radicaux, voire extrêmes, ne devraient pas être de mise pour changer les mentalités. Je ne parle pas de l’extrémisme rattaché à des idées politiques, que ce soit clair, je parle simplement d’écologie. Même si politique et écologie sont intrinsèquement liées...

Les réformes qui sont mises en place petit à petit sont-elles réellement utiles à court terme ? Quand on sait que les pesticides font toujours leur petit bout de chemin légalement, ou que les COP sont financées par les industries les plus polluantes. Un combat mano a mano ne serait-il pas plus efficace? Ce sont quelques réflexions que je mène, souvent.

© Rémi Grébot
„Je m’efforce de croire que les petits gestes feront les grands changements“

J’ai la sensation que le petit à petit ne sert plus à rien aujourd'hui. Nous atteignons aveuglément un point de non-retour.

Et d'un autre côté, je me dis que peu importe, nous aurons bien tous disparu avant que la Terre ne disparaisse à son tour. Alors je peux continuer à vivre, du mieux que je le peux, le plus respectueusement possible vis à vis de mon environnement, et je m’efforce de croire que les petits gestes feront les grands changements.


Ce qui est dommage c'est que les actions de Greenpeace sont bien belles, ça fait un peu de publicité et un coup médiatique, mais j’ai l’impression que la majorité de la société n'en a rien à faire... Nous verrons bien.

Apprendre grâce au voyage

„La majorité des gens se font avoir par du greenwashing“

Le voyage comme je le fais ; en faisant du stop, du volontariat, du couchsurfing, me permet des rencontres bien plus intenses et sincères que si je voyageais autrement. J'ai souvent des discussions d'un niveau bien plus élevé qu'en société sur absolument tous les sujets : qu’il s’agisse de politique, de philosophie, d‘écologie, de religion...
Ça me permet aussi de prendre du recul sur l'écologie. C'est bien beau tout ce qui se fait aujourd’hui, mais la majorité des gens se font avoir par du "greenwashing". Manger bio et local ça peut être bien, mais si ce qu'on a acheté est produit en monoculture la terre continuera de mourir. Cette manière de cultiver détruit la biodiversité et l'écosystème d'abord à petite échelle, localement, puis ça finit par s'étaler. Les sols s'appauvrissent peu à peu. Je rigole intérieurement de ces nouvelles générations qui sont censées tout changer, militer pour notre sauvegarde et qui débattent sur l’utilité d‘acheter bio : agissons au lieu de parler, un acte vaut mieux qu'une parole parfois, mais apprenons d‘abord et agissons en conséquence. Apprenez. Ceci dit en passant, s'attribuer le rôle de sauveteurs de l'humanité est quelque peu égocentrique, mais c'est un autre sujet.

D'ailleurs, savez-vous quelle est mon empreinte carbone en tant qu'auto-stoppeur ? Quasi nulle. En faisant de l'auto-stop je contribue même à réduire l'empreinte de ceux avec qui je monte puisque lorsque l'on voyage à plusieurs, les émissions de gaz à effet de serre sont divisées par le nombre de passagers à bord. Alors, le train ayant été élu le moyen de transports le plus écologique face aux bus, avions et autres voitures : que vaut-il face à mon pouce ?

© Rémi Grébot

La photographie au service du voyage ?

Le rapport entre photographie et voyage est sujet épineux pour moi. J'avais commencé mes études en arts plastiques dans l'espoir d'utiliser ma pratique photographique et mes connaissances afin de sensibiliser la société à tous nos déboires. J'ai vite déchanté. Le monde de l'art est fermé et borné. Il est dirigé comme le reste du monde par les tendances, et celle d‘aujourd'hui c'est de faire du like sur Instagram. Même si j'alimente mon compte de photos, je me dis tous les jours que je vais le clôturer. Il y a un égocentrisme incroyable sur cette plateforme. Combien de lieux sur la planète ont été maltraités pour une photo Instagram? Je l'ai vu, je peux en parler, et c'est désespérant de se dire que les gens ne sont pas capables d'apprécier un lieu, un moment, sans ressentir le besoin de se montrer ici et là sur une photographie ! Tout ça pour plus de likes, plus de followers, plus de fame.

Heureusement la photo ça n'est pas que ça : on peut trouver des artistes engagés, au nom de la nature, de l'environnement, de la liberté d'expression, des droits de l'Homme... Quand je suis sur les routes je prends généralement des photos de paysages, des moments, des portraits aussi. Une photo c'est plus qu'un souvenir, c'est la cristallisation d‘un sentiment, d‘une sensation que l'on a vécu au moment de déclencher. Alors je continue d'immortaliser ces paysages, ces moments et ces gens que je croise. Je pense cependant de plus en plus à passer au film et laisser le numérique derrière moi, pour plus de sincérité et moins de parasitage : le numérique laisse une possibilité de prise de vue infinie, bien trop selon moi. L'instant peut vite s'en retrouver gâché.

Une reconnexion à soi et à ses racines

„L’humain civilisé d‘aujourd’hui a complètement oublié ses racines“


Ce que je souhaite faire à long terme, c'est autre chose. Les volontariats m'ont fait redécouvrir tellement de choses : la terre, la nature, le temps, l'importance d'être en accord avec son environnement. C'est assez incroyable à quel point l'humain "civilisé" d'aujourd'hui a complètement oublié ses racines, là d'où il vient, ce qui fait qu'il est si évolué. Après mes voyages, j'espère me poser sur une terre cultivable, où je pourrai mettre en pratique toutes ces techniques d'agriculture que j'ai découvertes : permaculture, agro-foresterie, auto-suffisance, biodynamisme...
Mais avant ça je peux encore découvrir ces gens et leurs cultures, leurs paysages, que l'on détruit pour nos "besoins". Je ne suis partage pas ce schéma d'avoir un travail, de fonder une famille, d‘avoir des enfants. Au contraire, je préfère découvrir tant que je le peux, je n'ai pas besoin de travailler pour rembourser un prêt ou un achat faramineux inutile. Et si un jour enfant il y a c'est que j'aurais trouvé une éducation adéquate pour lui faire comprendre ce qu'est réellement le monde.


Peut-être que mon discours général est pessimiste ici, mais il y a toujours énormément de belles choses à voir, il suffit juste de sortir, et de lever le pouce.

Merci beaucoup à Rémi pour le partage de son expérience. Encore une fois, c'est un témoignage qui pousse à la remise en questions. On lui souhaite bonne route. Que les rencontres et l'auto-stop lui fassent encore vivre des moments extraordinaires !

Retrouvez ses photographies sur son compte Instagram. Bien entendu, tous les droits sont réservés.

A bientôt les voyageurs ! Et n'oubliez pas de nous partager vos retours sur nos réseaux sociaux.


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